Les instruments usuels permettant aux lettrés et aux maîtres artisans d'exercer leur art ont toujours tenu une place particulière. Que ce soit les pinceaux ou la pierre à encre du calligraphe, le fil traceur du charpentier, le burin du sculpteur ou la règle de l'architecte, la qualité et l'aspect esthétique de ces outils témoignent de la grande maîtrise de leur propriétaire.
Cette très belle règle graduée ancienne datant du milieu de la dynastie Qing appartenait probablement à un architecte. Elle est faite dans un bois très dense et précieux, le Tielimu, ou bois de fer. Il doit son nom au fait que sa densité est supérieure à celle de l'eau, et donc qu'il ne flotte pas. Ce bois est particulièrement prisé pour sa solidité, la régularité se sa veinure et sa belle teinte pourpre. Les graduations sont faites de minuscules clous en Pak Tong (laiton blanc, un alliage comparable au maillechort). La règle est divisée en 100 graduations. Les unités sont représentées par un point, les multiples de 5 par 3 points, et les dizaines par une ligne transversale. Au niveau des vingtaines, un idéogramme est dessiné également avec des clous. Ces graduations sont visibles sur les deux faces de la règle. Au milieu de chaque face est inscrit l'idéogramme respectivement du bonheur et de la longévité. Les autres idéogrammes forment deux courtes sentences : Vieillir ensemble durant cent années dans la félicité. Construire, développer et prospérer pendant cinq siècles.
Ce magnifique objet usuel est chargé non seulement de sens par les inscriptions que son propriétaire y a fait apposer, mais aussi de vie par la patine et les traces d'utilisation répétées.
Il symbolise parfaitement l'esprit de perfection qu'entretenaient les artisans sous les dynasties de la Chine impériale. |